Il s’en est passé des choses entre ma septième et ma huitième garde ! J’ai eu un soucis de santé qui m’a emmerdée toute une semaine (mais non, ça n’était pas intestinal) et j’ai du reporter mes deux dernières gardes à cause de ça, puis je suis retournée une semaine à l’école et j’ai passé mes derniers partiels, puis je suis partie dorer une semaine à Malte avec mon homme, et ENFIN, je suis revenue à l’hôpital pour deux fois douze heures de garde, en plein milieu de ma période de vacances, avec le sourire, of course.
Huitième garde, 8h – 20h.
Le début de la journée m’a fait flipper, on est début juillet, je me lève à 6h30 alors que tout le monde est en vacances chez moi (et que moi aussi d’abord), je viens pour un
paquet d’heures… et le tableau de la salle est totalement vide… et je découvre que je suis de garde avec l’intérimaire de ma toute première garde que je n’avais pas appréciée… Au secours,
laissez-moi retrouver mon lit. Pendant les deux premières heures, je n’ai rien fait, puis trois femmes sont arrivées en même temps, une des urgences et deux du service d’hospitalisation. C’est là
que j’ai fait un coup de maître, mouahaha… Quand les deux premières dames ont été installées, l’intérimaire-pas-cool m’a demandé laquelle je voulais suivre (en gros, ça voulait dire tu me suis ou
tu suis ma collègue). Je n’ai bien évidemment pas osé lui sortir que je préférais être avec la collègue, et sachant qu’une troisième femme allait arriver j’ai dit que je suivrais la SF qui la
prendrait en charge. Ca me semblait logique de toutes façons, deux femmes en début de travail c’est gérable, la SF a du temps à consacrer à l’étudiante, et quand on a déjà perdu deux heures à ne
rien faire on est content d’avoir un peu de taf. Seulement l’intérimaire-pas-cool s’est sentie obligée de me demander "ah bon, t’es sûre ? ça fait pas trop ?". Bah, euh, non.
Et j’ai croisé les doigts très fort, et la collègue a pris en charge la troisième dame, donc j’ai suivi la collègue, et la journée s’est avérée géniale (ouiiii, encore une fois).
J’ai fait le suivi de travail d’une primipare (premier enfant), pas de complication, péridurale, touchers vaginaux et compagnie. Je commence à prendre mes marques,
j’essaye de qualifier le col, certains paramètres m’échappent encore bien sûr, mais je sens que je progresse. Par contre les examens du col sur des femmes enceintes qui ne sont pas en travail ça
me fait peur, peur de faire mal et de ne rien sentir… Mais ça sera pour une autre fois :p Recentrons-nous. On est arrivé tranquillement à l’accouchement, et ça y est, je peux le crier haut et
fort, j’ai fait mon premier accouchement à quatre mains :) Après des petites bribes à chaque accouchement précédent, cette SF m’a accompagnée pour tout : retenir la tête, la tourner, sortir
les épaules, elle m’a même laissée sortir seule le bébé après qu’on ait dégagé les épaules et j’dois dire que j’ai bien flippé, ça glisse ces p’tites choses. C’est moi qui ai posé le bébé sur le
ventre de sa môman, c’est-y pas touchant… Puis, je vais peut-être faire trembler, mais la SF a du faire une épisiotomie et elle m’a proposé de participer. Comme c’était la première fois, c’est
elle qui a placé les ciseaux et c’est moi qui ai coupé, niark niark. Roooh, ça va. Je ne suis pas encore apte à juger de l’utilité de cet acte, mais j’ai fait confiance à cette SF. La dame a fait
une hémorragie de la délivrance ensuite (rien à voir avec l'épisio hein), son hémoglobine a bien baissé et quand j’ai fini le post-partum et que les ASH sont venus pour la passer en chambre, elle
a fait un joli petit malaise… Transfert reporté à plus tard, donc.
Une autre femme a été admise dans l’après-midi, pour une fausse couche tardive à 17 SA (Semaine d’Aménorrhée, une grossesse normale durant 41 SA). Je ne l’ai pas suivie tout de
suite parce que je m’occupais du post-partum de l’autre dame, j’ai fait sa connaissance quand elle a sonné. Elle demandait le bassin, et de la compagnie, surtout… Deuxième fausse couche tardive
en six mois. On a un peu discuté, puis je suis sortie voir mon autre patiente. La gynécologue est passée voir cette femme et en sortant elle a demandé que quelqu’un reste à ses côtés, comme
j’avais fini mon nettoyage de bassin (oui, on est parfois amené à faire des choses passionnantes en salle) je me suis proposée, et voilà comment, avec mon expérience bidon de la vie, je me suis
retrouvée à tenter de remonter le moral d'une dame dont la grossesse pleine d’espoir était en train de s’arrêter. Je lui ai prêté mon portable pour qu’elle puisse demander à des proches de venir
l’accompagner. En plein milieu d’un coup de fil (son amie a du devenir toute blanche), elle s’est mise à gémir de douleur (d’angoisse, en fait) en me disant qu’elle sentait quelque chose entre
ses jambes… J’ai relevé le drap et je suis partie comme une flèche en lui disant "je vais chercher une sage-femme". Entre ses jambes, la poche des eaux était bombante, en partie sortie
sur une dizaine de centimètres, pointue comme un ballon de rugby, c’était extrêmement impressionnant. La SF m’a expliqué que sa PDE était bombante depuis son arrivée, mais qu’on attendait un
résultat sanguin avant de lui poser la péridurale, après quoi on pourrait rompre la PDE et provoquer l’expulsion du fœtus… Alors je suis revenue la voir, lui expliquer, la rassurer. On a fini par
en sourire, c’était comme ça, il fallait attendre. J’ai mis une alaise en plus au-dessus de son ventre parce que j’étais flippée à l’idée que la poche rompe toute seule. Sa sœur est arrivée, j’ai
laissé ma place. J’avais dit à la SF que je voulais être là au moment de l’expulsion, mais ça n’a pas été possible : je m’occupais du malaise de mon autre patiente quand ils ont pu poser la
péridurale à la dame, et lorsqu’elle s’est rallongée ensuite, la poche s’est rompue et elle a expulsé immédiatement. La pauvre a du subir une délivrance artificielle (on va chercher le placenta à
la main) sans l’effet escompté de la péridurale, je m’en suis voulu de ne pas avoir été à ses côtés.
Journée très formatrice à tout point de vue, technique et psychologique. J’ai encore beaucoup appris, et j’ai encore été encadrée par une chouette nana, j’aime cette
mater’.
Neuvième garde, 20h – 8h.
Une petite nuit pour terminer mon stage en salle… J’ai retrouvé avec plaisir la doyenne des sages-femmes de la maternité, M., et une SF que j’avais déjà suivi deux fois et avec
qui ça s’était très bien passé, A.. Ce soir-là, c’était un peu la foire aux déclenchements loupés et aux anomalies de RCF (Rythme Cardiaque Fœtal). Quand je suis arrivée, A. s'occupait de deux
dames déclenchées en début de travail, et M. prenait en charge une femme avec un col ouvert à 8cm, donc accouchement a priori dans peu de temps. Pendant trois plombes on a négocié, est-ce que je
prenais juste les deux dames en début de travail avec A., est-ce que j'en prenais une en début de travail et l'autre en fin de travail, est-ce que je tentais les trois, nianiania... A. est
finalement allée demander à M. si je pouvais suivre la dame à 8cm, elle a été d'accord, et à l'examen d'après je l'ai accompagnée dans la salle. Elle fait le TV (toucher vaginal, ça commence à
venir les abréviations ?) et pendant qu'elle examine elle demande à la dame si je peux l'examiner après, parce que je suis étudiante et qu'il faut que j'apprenne, tout ça... Ce à quoi la dame
répond : "euh, vous voulez dire, qu'elle regarde ? tout à l'heure ?", d'accord :| Alors la SF lui explique, et la dame recommence à dire que mouais, j'pourrais faire acte de présence à
l'accouchement quoi, super... Puis elle me sort que c'est comme je veux, alors que non, c'est comme elle veut, et clairement elle ne veut pas. Premier refus d'examen, snif. Pour la peine je ne
m'en suis plus préoccupée, toute cette discussion pour savoir qui j'allais prendre en charge alors qu'il suffisait de demander à la dame... lol Bref, je me suis donc occupée des deux femmes en
début de travail.
Dans une salle, une troisième pare (donc troisième enfant) que je retrouve en train de dormir quand je viens me présenter à elle en début de garde. Et devinez quoi, cette femme
a dormi pendant mes douze heures de garde. Je ne sais pas pourquoi elle semblait shootée comme ça mais c'était presque inquiétant. Peut-être juste une extrême fatigue... Suivi classique pour elle
(dans un sommeil profond), TV, sondages réguliers à cause de la péridurale, synto et constantes. Le travail s'est fait très très lentement, la SF n'était pas fière de son partogramme de troisième
pare (c'est la feuille de surveillance du travail, une courbe pour l'évolution de la dilatation, une courbe pour la hauteur de la tête... et pour une troisième pare c'est censé aller un peu vite,
alors que là le parto était long et les courbes fichtrement parallèles pendant longtemps). Le col a fini par être "dilatable" à 8-9 cm mais il était toujours là quoi, et la tête ne descendait
pas. La SF a tenté tous les moyens pour comprendre comment cette petite puce était orientée (car l'orientation de la tête joue sur la descente, certains diamètres étant plus larges que d'autres)
: palpations des fontanelles, recherche des oreilles (et là faut y mettre la main quoi...), échographie... Et le résultat n'a pas été très convaincant. Juste avant la fin de la garde, la SF a
tenté de faire pousser la dame pour voir comment ça avançait mais elle était toujours à moitié dans le coton donc ça n'a rien donné... J'ignore comment s'est terminée l'histoire !
Dans une autre salle, une jeune femme primipare accompagnée de sa mère. Je me présente à elle, aucun soucis pour le suivi avec la sage-femme (bah oui, du coup j'ai pris mes
précautions pour les autres dames !). Beaucoup de questions pendant le travail et les examens, alors je réponds comme je peux, j'explique ce que je sais. Elle était plutôt sympathique cette
fille, c'est sa mère quoi, le genre de compagnie dont on se passerait en salle. Le travail s'est fait rapidement et l'accouchement a eu lieu en fin de soirée, les gynéco ont du utiliser une
ventouse pour aider le bébé à sortir en le guidant dans les dernières contractions parce qu'il y avait des anomalies de rythme pendant les efforts expulsifs. Un peu patraque l'enfant, un peu
gris, geignant... La SF l'a emmené en couveuse en salle de réa histoire qu'on le surveille. Elle m'a dit d'aller le voir et de lui dire ce que j'en pensais, alors j'ai sorti ma petite feuille et
je notais les critères de Silverman dont je me souvenais, genre... lol 'Fin bref, verdict évident, tous les signes de détresse
respiratoire, ajoutez à cela un teint un peu grisâtre qui peut être signe d'infection, et de la fièvre, et ça vaut bien un petit coup de fil au pédiatre... qui s'est avéré fort rassurant, et
effectivement ça s'est calmé. J'ai fait le post-partum immédiat et c'est pendant ces deux heures que la mère de la femme s'est révelée légèrement lourde... Dans le désordre, elle a demandé si sa
fille pouvait manger, j'ai expliqué que pendant les deux heures de surveillance il fallait encore rester à jeûn, parce qu'on ne savait pas ce qui pouvait arriver, c'est le principe de cette
surveillance, mais elle a quand même insisté pour savoir si le copain de sa fille pouvait pas lui ramener un menu best of... Hum. Elle a également beaucoup insisté pour que sa famille, restée en
salle d'attente, puisse voir le bébé, alors qu'on lui a dit cinquante fois qu'une seule personne était autorisée à accompagner en salle de naissance... Donc elle voulait qu'on amène le bébé à la
porte de la salle d'attente, bébé qui je le rappelle allait vraiment super bien à la naissance et avait justement besoin d'un petit courant d'air frais pour consolider le tout. Qu'on demande, ok,
mais qu'on insiste après avoir eu des explications (valables, il me semble), c'est un peu lourd. Ensuite elle a insisté pour pouvoir dormir à l'hôpital avec sa fille, parce que vous comprenez
madame, mon copain il a fermé la porte à clé et moi j'suis coincée j'peux pas rentrer il faut que je reste ici cette nuit... Seulement l'hôpital ça n'est pas l'hôtel, et n'importe qui ne peut y
dormir, question de règles, de responsabilités... Dans certaines mater' les papas peuvent rester auprès de leur femme et de leur bébé même la nuit, mais là il ne s'agissait pas de favoriser
l'établissement du lien grand-mère-enfant quoi, faut arrêter. Légèrement exaspérant. Deux heures pétantes après l'accouchement, elle vient se plaindre qu'on ne soit pas déjà en train de préparer
sa fille, c'est booon, j'arriiiiive (et avec le sourire, parce que j'suis bonne). Je fais un sondage urinaire, une toilette, je vérifie les saignements, je change la chemise, j'enlève le cathéter
de péridurale, et là, the best... Je suis en train d'enlever le cathéter de la perfusion, quand la mère me dit un truc que je ne comprends pas, je la fais répéter, et qu'ouïe-je ? "madame,
vous êtes trop lente". Non mais je rêve... Vous voulez le faire vous-même, peut-être ? Punaise, je n'ai jamais été aussi contente de voir une dame passer en chambre, et jamais aussi gênée
pour une accouchée, qui tentait de calmer un peu les ardeurs de sa maman...
Le reste de la nuit, j'ai suivi deux femmes avec la troisième SF de l'équipe. Une première dame arrivée à 4cm, à qui on a posé la péridurale... et qui a commencé à faire des
anomalies sévères de RCF. Par chance, elle s'est vite dilatée à 9cm. La pauvre, avec l'interne et la SF on s'est un peu acharnée sur elle (en plus c'est con mais elle était super sympa alors ça
me gênait qu'on l'embête comme ça) : la SF a examiné, col à 9 donc, j'examine et je pense trouver le col aussi, puis l'interne arrive et examine, et ne trouve pas de col (ça m'a fait sourire
parce que j'suis vraiment persuadée de l'avoir senti mais bon je ne l'ai pas ramené, j'ai laissé la SF défendre ses idées... lol), donc la SF rééééexamine, trouve un col, et l'interne
rééééééééééééééééééééééexamine et ne trouve rien... Bref, ça restait une bonne nouvelle puisque. On a passé la dame au bloc en vue d'une césarienne, mais comme elle n'avait quasiment plus de col
et une tête bien comme il faut, elle a pu accoucher par voie basse avec des forceps, et ça c'est chouette. Avec un bébé qui va bien à la clé, alors qu'avec des décélérations comme ça, je
craignais de retrouver une poupée de chiffon, alors c'était deux fois plus chouette. Elle est retournée en salle pour le post-partum, comme si de rien n'était, et c'est moi qui l'ai suivie.
Enfin, une deuxième femme déclenchée, en début de travail, avec pose de péri et examens du col à la clé. Bon ben, encore un travail pas top, puisque la dame a stagné à 3cm
pendant 4 heures, avec des anomalies de rythme (décélérations uniformes tardives j'crois, enfin uniformes sûre) systématiques à chaque contraction... Quand on a passé la main à 8h, on s'est dit
qu'elle passerait sans doute en césarienne après le changement d'équipe. Elle me disait, la dame, son bébé il descend pas parce qu'il attend qu'elle mange, tous les matins il est haut comme ça
tant qu'il a pas sa dose, après il desend, donc faut qu'elle prenne son p'tit dej... C'est mignon. Je lui ai expliqué que ça fonctionnait pas tout à fait comme ça, et qu'en plus, dans les
conditions actuelles il était hors de question qu'elle mange puisque le spectre de la césarienne planait dangereusement au-dessus de sa tête...
C'est sur ces belles paroles que j'ai achevé ma garde. J'ai fait remplir ma dernière feuille d'évaluation, on était toutes autour de la table de l'office, les trois SF de la
garde et moi, et elles m'ont demandé ce que j'avais pensé de mon stage, et elles m'ont dit ce qu'elles avaient pensé de moi, elles étaient contentes, et moi j'étais juste aux anges. Contente de
retourner officiellement en vacances, évidemment, mais tellement contente de ce stage, aussi ! Tellement riche... Une ambiance vraiment unique, je le sais, parce que dès l'année prochaine, en
salle, on va attendre plein de trucs de moi, je vais devoir faire mes preuves, montrer que je sais, réussir, progresser... Alors que là j'ai pu découvrir, tranquillement, commencer à apprivoiser
les situations, les examens, j'étais avec des nanas géniales qui ont pris plaisir à m'apprendre, à m'aider... C'était idéal, quoi. J'appréhende l'année prochaine, bien sûr, mais grâce à ce stage
j'ai reçu une initiation dont j'avais besoin, et je suis contente de ça, vraiment.