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Jeudi 19 juin 2008
   
    Non, rassurez-vous, je suis toujours de ce monde. Puis c'est comme si je l'avais senti, j'ai pris des notes en sortant de mes dernières gardes pour avoir quelques souvenirs, j'suis fine ! Dans le détail ça va être dur, mais il me reste les grandes lignes quoi, au moins.


    Cinquième garde, 8h-20h.

    J'ai suivi une des sages-femmes que j'avais eu pendant ma deuxième garde. Il y a eu un premier accouchement assez tôt dans la journée, une troisième pare (donc troisième enfant), un bébé tout blond ! J'ai suivi deux autres femmes en travail et pour leur accouchement, les deux étaient accompagnées de leur soeur, j'ai trouvé ça super mignon, c'est fort de partager ce moment en famille. La première dame a fait de la fièvre pendant le travail, genre 39°c quoi, pas cool (heureusement que la petite étudiante consciencieuse est là pour faire marcher le thermomètre de temps en temps... j'ai l'impression que je suis la seule à y penser à chaque garde !). J'ai mis trois plombes à prélever ses hémocultures (pour rechercher des bactéries dans le sang) parce que je ne connaissais pas le système de l'hôpital, finalement je me suis lancée, j'ai piqué, je n'ai pas eu de sang, et je me suis aperçu que mon garrot était détaché... haha, la bonne blague, et la honte surtout parce qu'obligée de repiquer ! L'accouchement s'est fait sans soucis et sage-femme chérie m'a fait dégager les épaules, c'était la première fois que j'accédais enfin à cette étape. Je me suis occupée de tout, soins et examen du nouveau-né, et post-partum immédiat.
    La deuxième femme que j'ai suivie était hospitalisée pour MAP (menace d'accouchement prématuré), elle a fini par passer en salle. Il s'agissait d'un déni de grossesse, c'est toujours étrange à concevoir, surtout quand on apprend que c'est le deuxième pour cette femme... Mais soit ! Alors je me suis occupée d'elle en travail, j'ai appris à guider ma sonde urinaire en repoussant un peu la tête du bébé avec ma deuxième main quand ça bloque, et j'ai failli pouvoir rompre les membranes (pour accélerer un peu le travail, on rompt pour que la tête du bébé appuie plus sur le col et le fasse travailler). En fait je sentais vraiment bien la poche des eaux bombantes, mais j'ai eu du mal à sentir le col ; la sage-femme m'a dit qu'elle ne pouvait pas me laisser faire si je ne trouvais pas le col, évidemment je l'ai senti à ce moment-là, genre je raconte n'importe quoi pour pouvoir rompre... lol Au final j'ai laissé la main, c'est normal de ne pas me laisser faire ce geste si je ne suis pas sûre de moi, même si j'ai fini par l'être elle a pris ses précautions. Grossesse non suivie + MAP =... risque d'infection. Et effectivement, à la naissance la sage-femme a préféré envoyer le bébé en néonat' : teint grisâtre et surtout des petits points blancs partout sur le cordon :| Etonnant et pas rassurant. La sage-femme m'a laissée seule dans la salle le temps pour elle de s'occuper du bébé avec les pédiatres, et à partir de là j'ai super honte et je me sens trop mal. Restait la délivrance de cette p'tite dame à faire... Je déplie le segment inférieur de l'utérus régulièrement comme on me l'a montré, si le cordon remonte c'est que le placenta est encore inséré, sinon c'est qu'il est en voie d'expulsion. Au début, ça remonte. J'attends, je manipule délicatement le cordon, sans tirer, j'attends, je redéplie, je re-attends, et là ça semble vouloir venir. Je vois le placenta qui arrive (sur le côté du cordon, pas derrière le cordon), je demande à la dame de pousser un peu, au bout de deux/trois poussées il est enfin là... Mais voilà, la dame elle saigne. L'aide-soignante revient à ce moment-là (non mais pour vous dire, j'étais vraiment seule dans la salle !), me dit que ça saigne... La sage-femme revient, et elle décide de faire une révision utérine (RU, la main dans l'utérus, pour vérifier qu'il ne reste pas de débris ni de membrane) et elle ramène des débris, et des membranes... Et je me suis sentie archi-mal, super coupable. J'ai préparé gentiment les antibiotiques à passer à la p'tite dame pendant la RU, et j'lui ai dit, à la sage-femme, j'pense vraiment pas avoir tiré, je sais qu'il ne faut pas, puis je l'ai faite pousser quand je voyais le placenta arriver... Peut-être que j'ai fait tout ça un peu vite, enfin j'sais pas, j'étais vraiment désolée et en même temps j'ai du mal à voir où j'ai merdé, et en même temps ça arrive parfois naturellement ce genre de soucis, et en même temps fallait pas me laisser seule, et en même temps la sage-femme ne m'en a pas voulu du tout, et heureusement que la p'tite dame avait une péridurale et n'a pas été gênée par la douleur... Enfin, je suis sortie de cette garde les larmes aux yeux, complètement honteuse. Et en même temps, j'sais tellement pas :(



    Sixième garde, 20h-8h.

    La nuit a été calme : un suivi de travail avec accouchement au petit matin, et un accouchement express en toute fin de garde.
    J'ai fait le suivi de travail avec une des trois sages-femmes de garde, LA sage du service quoi, trente ans d'expérience, la maman de toutes les jeunettes de Montreuil, celle qui rassure, celle qui sait, ça m'a fait très plaisir de tomber sur elle. Notre femme en travail était une toute jeune femme à peine majeure, sa maman est restée toute la nuit à ses côtés. Je m'en suis occupée de A à Z : je lui ai fait une intra-musculaire de Spasfon dans la fesse, je l'ai perfusée, j'ai assisté l'anesthésiste dans la pose de la péridurale et j'ai fait les touchers vaginaux pour suivre l'évolution du travail avec la SF. J'ai pu cette fois rompre les membranes (percer la poche des eaux quoi, comme je l'explique au-dessus), j'ai eu du liquide mais je dois avouer que plus tard la SF a du le refaire pour que ce soit plus franc. Faut un début à tout ! Sinon, ben la péridurale c'est cool, ça apporte un confort assez incroyable en fait, combien de dames dorment en salle de travail la nuit, alors qu'elles ne sont qu'à quelques heures de leur accouchement... Ce fut le cas de notre petite femme de cette nuit, qui s'est bien bien reposée en attendant le moment fatidique des efforts expulsifs.
    Vers 5h du matin, bébé est engagé, on s'installe. Et c'est le début de la catastrophe. La dame est fatiguée, elle est flippée, et elle y met toute la mauvaise volonté du monde. Les poussées sont trop courtes, trop espacées, elle se tortille dans tous les sens, bref ses efforts sont totalement inefficaces. Au bout de vingt minutes sans progression, la sage-femme enlève ses gants et dit à la dame qu'elle l'appelle quand elle sera prête à pousser... Je me retrouve donc seule avec l'aide-soignante dans la salle, vu comme c'est parti je ne risque a priori pas de me retrouver à faire un accouchement toute seule (ça aurait été folklorique), je me contente de guider la dame pendant ses contractions mais franchement les conseils lui passent loin au-dessus de la tête. Surprise, une sage-femme arrive dans la salle mais ça n'est pas celle qui a commencé l'accouchement, la doyenne des SF du service a jeté l'éponge et est allée réveiller une de ses collègues qui dormait, disant qu'elle n'avait jamais vu ça, c'est dire à quel point c'était hallucinant. Surtout que c'est une SF qui semble tellement zen, tellement posée, pour qu'elle ait passé la main il fallait vraiment qu'elle soit à bout. Donc, on se remet au boulot, mais évidemment rien ne change et rien n'avance. Au bout d'une trentaine de minutes d'efforts expulsifs, la SF abat la carte du médecin, ça sera la seule solution si la femme ne pousse pas efficacement, si elle continue de soulever les fesses, de lever les jambes, de se tordre le dos... Même sa mère l'engueule en lui tenant la main ! Après trois-quart d'heures de poussée (théoriquement c'est déjà trop), l'interne et le chef de garde débarquent dans la chambre, et ça ne rigole plus. J'ai un peu halluciné, le chef s'est approché de la femme et lui a gueulé dessus, j'en ai eu mal aux oreilles :/ Il a voulu la convaincre d'y mettre du sien, quoi. C'était trop bête d'en arriver aux forceps alors qu'elle avait la possibilité physique d'accoucher naturellement. Une épisio pour faciliter le passage, et cinq petites minutes d'efforts en présence des médecins pour que le bébé finisse par pointer le bout de son nez. C'était juste surréaliste, cet accouchement. J'ai fait le suivi post-partum ensuite, tout s'est bien passé.
    Un peu avant 7 heures du matin, une femme (deuxième pare donc deuxième enfant) se pointe aux urgences avec un col dilaté à 9cm, verdict de la SF, on s'installe immédiatement ! J'ai réussi à perfuser en urgence, la classe. Son mari est avec elle (en fait elle attendait qu'il soit de retour à la maison pour partir à l'hôpital, heureusement qu'il n'a pas plus tardé !). Ca sera sans péridurale, of course, il est bien trop tard. L'accouchement se passe vite et bien, j'ai aidé à retenir un peu la tête. Ce couple était adorable, c'était chouette de finir ma garde là-dessus. J'ai vu un peu les deux extrêmes, cette nuit-là.



    Septième garde, 8h-20h.


    La veille j'étais à Disneyland à tester un certain nombre de fois la nouvelle attraction, ce jour-là je suis de garde pour douze heures et assiste à deux accouchements et une césarienne, ainsi va la vie, hein.
    La première dame en salle était accompagnée de sa môman, et elle était extrêmement, extrêmement pudique. Evidemment sa mère ne devait rien voir de nos examens, et encore elle avait le droit d'être présente à l'accouchement, ce qui n'était pas le cas du mari. Je ne vous raconte pas la tête de la dame quand la SF lui a proposé de se mettre à quatre pattes pour aider le bébé à descendre... lol N'empêche qu'elle était très gentille, cette dame. Et inquiète également, parce qu'elle avait déjà subi une césarienne, et que le travail ce coup-ci a connu plusieurs périodes un peu critiques. Il y a d'abord eu une stagnation à 5cm de dilatation, à ce stade on ne peut rien faire d'autre qu'attendre, et si ça se prolonge la suite de l'histoire se passe au bloc opératoire. Heureusement la situation a fini par évoluer, seulement à dilatation complète l'engagement du bébé dans le bassin s'est fait attendre, et là encore si ça ne progresse plus la solution c'est la césarienne. On se laisse plus ou moins de temps selon d'autres paramètres, comme la couleur du liquide amniotique (s'il est méconial, le bébé a fait des selles dedans, donc plus il baigne dans son liquide plus il risque d'en inhaler et c'est pas top du tout) ou le RCF (rythme cardiaque foetal), s'il y a des anomalies ou non. Après deux épisodes de frayeurs pour cette dame et sa maman (l'ombre d'une nouvelle césarienne ayant plané au-dessus de leurs têtes pendant tout le travail), le bébé s'engage finalement et on s'installe avec la gentille SF qui m'encadre. Seulement, tout n'est pas encore parfait pour cette dernière phase, et il faudra l'intervention des médecins et de leurs forceps pour extraire cette petite fille qui décidément n'était pas pressée de sortir du ventre de sa mère ! Comme le liquide était méconial, j'ai fait l'aspiration du nouveau-né (gastrique et naso-pharyngée). Je ne me souviens plus si j'ai fait les premiers soins du bébé ou non, en tout cas j'ai fait le suivi post-partum immédiat.
    La deuxième dame que j'ai suivie, une deuxième pare, était très sympatique. Comme pour la première, j'ai pu faire le suivi du travail avec les examens du col, je commence à prendre mes marques, ça fait plaisir. A l'accouchement, le mari était présent, et c'était marrant parce qu'il pratiquait je ne sais plus quel art martial et maitrisait à fond la respiration, donc il donnait les conseils à sa femme et soufflait avec elle, chou. Evidemment j'étais là avec mon tablier, ma charlotte, mon masque et mes gants, telle une warrior prête à intervenir. J'ai retenu la tête histoire qu'elle n'éclate pas le périnée (la sage-femme a dit que j'avais fait de bons débuts dans la maîtrise du périnée sur ma feuille d'évaluation, uhuh), et on m'a aidée à dégager les épaules. J'ai aspiré le bébé qui devait être encombré je suppose, je ne me souviens plus de la raison. Joli accouchement, mais malheureusement la délivrance s'est faite attendre... La SF a tenté une délivrance artificielle (DA, à la main), elle n'a pas réussi ; l'interne est arrivée et n'a pas réussi non plus ; le chef est arrivé et la femme a changé de couleur en voyant la taille de sa main, déjà qu'elle avait bien senti les deux tentatives de DA précédentes... Il a peiné pour faire la délivrance, apparemment le placenta était inséré dans une zone assez inaccessible de l'utérus, ne m'en demandez pas plus... lol Bref, il a ramené de la charpie et a du y retourner plusieurs fois jusqu'à être sûr qu'il ne restait plus une once de placenta dans l'utérus. Pauvre dame qui a bien souffert (et saleté de péridurale foireuse). Elle a eu droit à un long massage pour tonifier son utérus, et à du Nalador pour stopper l'hémorragie de la délivrance. J'ai fait le suivi post-partum (oui bon je le fais pour chaque dame que je suis en fait).
    Dans l'après-midi, il y a eu une période creuse pour ma sage-femme, et un passage en césarienne pour la dame d'une autre sage-femme (pour liquide méconial et d'autres raisons, il me semble qu'elle cumulait les indications pour une césarienne), donc je me suis habillée pour le bloc et j'ai suivi l'intervention. La SF m'a proposé de récupérer le bébé, j'ai tourné la paume de mes mains vers le plafond et elle m'a habillée d'un magnifique champ stérile. L'extraction s'est déroulée sans soucis et l'interne m'a passé le poisson assez rapidement, et pas dans une position super chouette, j'ai eu peur qu'il mourre étouffé le nez dans le champ en fait, mais non. On est sorties très vite avec la SF, pour s'occuper du bébé. Je l'ai aspiré (liquide méconial oblige), il était méga-encombré, et après une petite écoute du coeur au stéthoscope, la SF a pris ma place, bradycardie (rythme cardiaque trop lent)... Elle l'a aspiré à son tour puis ventilé, et il a repris un peu de tonus.
    La garde s'est terminée tranquillement, une de plus où j'ai fait plein de trucs chouettes.
Publié dans : Stages PP1
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Commentaires

T'inkt pour ce placenta, moi chui diplomée depuis un an et ma dernière garde g eu le même souci. Quand je suis revenue le soir, j'ai vu que ma patiente avait eu une RU ramenant pas mal de membranes alors que j'étais sûr d'avoir tout récupérée... Si ca te dis un blog de sage-femme, viens voir le miens mais c'est plus de la déconne que du sérieux! Bon courage!
Commentaire n°1 posté par aurély le 24/07/2008 à 22h41
Ouh ouh t'est partie j'ai trop aime te lire continue comme ça ça se voit que tu est faite pour ça
Commentaire n°2 posté par faiza le 23/07/2008 à 02h15
Euh...elle a ventilé au masque le bébé avec liquide méconial ???
Commentaire n°3 posté par MC le 16/07/2008 à 21h39
Il me semble bien oui, après l'avoir aspiré.
Réponse de Ad le 01/08/2008 à 00h48
Alors comme ça on est en vacances? Ils ne foutent jamais rien ces PP1 :o) Pour la RU ce n'est pas forcément ta faute, ça arrive des fois, puis oui la sf n'avait pas à te laisser seule sans indication. Mais si t'es encore dans cette situation, rien ne t'empêche une fois le placenta décollé d'attendre la sf pour faire pousser la dame ;) En tout cas des conneries t'en feras sûrement un jour et même une fois diplômée. Ca me choque un peu l'histoire de la DA-RU difficile, des fois le placenta est paumé dans un corne utérine alors là c'est galère pour le chercher, si la sf diplômée n'y arrive pas, je trouve ca moyen de laisser quelqu'un en formation s'y coller. Quant aux femmes "qui poussent pas", c'est galère et on se trouve bien démunie. Heureusement, on a des cours de psycho où on apprendre Freud *rires*.
Commentaire n°4 posté par schiz le 05/07/2008 à 13h35
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